L’offensive gauloise : 250 millions pour changer d’ère
Le paysage des parcs de loisirs en Europe ne tolère plus l’immobilisme, et la Compagnie des Alpes l’a bien compris. Avec un record de fréquentation établi à 2,84 millions de visiteurs en 2024 et une année 2025 frôlant les 2,9 millions, le Parc Astérix sature ses capacités actuelles. L’investissement de 250 millions d’euros programmé jusqu’en 2030 n’est pas une simple coquetterie esthétique, mais une nécessité industrielle pour absorber une demande qui explose tout en maintenant un taux de satisfaction élevé.
Cette stratégie repose sur un pilier central : la « resortisation ». Il ne s’agit plus seulement de vendre des billets à la journée, mais de transformer le site de Plailly en une destination de séjour incontournable. L’objectif affiché par la direction est clair : intégrer le Top 5 européen, aux côtés de mastodontes comme Europa-Park ou Efteling.3 Pour y parvenir, le parc doit s’attaquer à ses points faibles historiques, notamment la dépendance à la météo et le manque de lits. En passant d’un modèle saisonnier classique à une ouverture étendue sur 270 jours par an, le parc lisse son exploitation et rentabilise des infrastructures de plus en plus coûteuses.
Londinium, la zone prévue pour 2028, incarne cette vision. En misant sur l’indoorisation, le parc garantit une expérience de qualité même sous la pluie picarde, un facteur déterminant pour attirer les familles lors des vacances de février ou durant la période hivernale.5 Mais avant d’atteindre cet horizon, la saison 2026 qui débute ce 4 avril pose les jalons d’une cohérence thématique retrouvée, notamment en Égypte.

4 avril 2026 : Le Nil s’offre une nouvelle vie
La zone Égypte, inaugurée en 2012 avec le triomphe d’OzIris, souffrait paradoxalement d’un manque d’unité sur ses bordures. Le passage entre la Gaule et l’Empire de Cléopâtre ressemblait davantage à un assemblage de décors disparates qu’à un véritable land immersif. Le chantier de 2026 vient corriger cette anomalie en transformant les derniers vestiges de la Place 1900 et des Rues de Paris.
La Descente du Nil : Du steampunk au mythologique
L’Oxygénarium, cette attraction de type Spinning Rapids ouverte en 1999, change radicalement de visage. Son thème original, inspiré de l’Exposition Universelle et d’une machine farfelue à purifier l’oxygène, disparaît totalement. Rebaptisée La Descente du Nil, l’attraction bénéficie d’une rethématisation complète de sa gare, de sa file d’attente et de ses abords.
Sur le plan technique, les bouées rotatives et le convoyeur vertical restent identiques, mais l’environnement visuel bascule dans l’Égypte antique. Les structures métalliques orange, autrefois emblématiques, sont habillées de décors évoquant le fleuve sacré et la divinité Hâpy. Ce choix n’est pas anodin : il permet d’intégrer l’attraction dans le prolongement naturel d’OzIris, créant une continuité visuelle là où régnait auparavant une rupture esthétique majeure. Pour les familles, c’est l’assurance d’une immersion renforcée, où chaque mètre carré raconte la même histoire.
L’Envol d’Ibis : Quand les chaises volantes prennent de la hauteur
À quelques pas de là, les chaises volantes (modèle Zierer Wave Swinger) achèvent une mutation débutée l’an dernier. Elles deviennent officiellement L’Envol d’Ibis, en référence au dieu Thot. Au-delà du simple changement de nom, le parc a investi dans un aménagement paysager conséquent. Le manège est désormais ceinturé par un bassin d’eau et une végétation typique des bords du Nil, mêlant papyrus et palmiers.
L’innovation réside également dans l’interactivité passive : des jets d’eau judicieusement placés frôlent les pieds des passagers durant le cycle, apportant une dimension sensorielle et rafraîchissante particulièrement bienvenue lors de l’Été Gaulois. C’est l’exemple type du « retrofit » intelligent : moderniser un classique du parc pour augmenter sa valeur perçue sans en modifier la mécanique fondamentale.
Les Comptoirs d’Epidemaïs : Le commerce à l’honneur
Côté gastronomie, le changement est tout aussi radical. Le Restaurant du Cirque s’efface au profit des Comptoirs d’Epidemaïs, dont l’ouverture est programmée pour juin 2026. Inspiré par le célèbre marchand phénicien, cet établissement conserve sa formule de buffet à volonté, un modèle qui a fait ses preuves pour gérer les flux massifs de visiteurs.
La scénographie simule une immense tente de marché où sont entreposées les trouvailles rapportées par Epidemaïs lors de ses périples maritimes. Cette infrastructure a été conçue pour être « toutes saisons », avec une isolation et un système de climatisation renforcés pour accueillir les convives confortablement lors des nocturnes de « Peur sur le Parc » ou du « Noël Gaulois ». Le parc mise ici sur une augmentation de la capacité de restauration intérieure, un point critique pour la satisfaction globale des familles.
Nouveauté 2026 | Type | Constructeur / Thème | Date |
La Descente du Nil | Spinning Rapids | WhiteWater West / Égypte | 4 avril 2026 |
L’Envol d’Ibis | Chaises Volantes | Zierer / Égypte | 4 avril 2026 |
Les Comptoirs d’Epidemaïs | Restaurant Buffet | Epidemaïs / Phénicie | Juin 2026 |
Spectacle Nocturne | Show multimédia | Drones & Pyrotechnie | 11 juillet 2026 |

Drones et magie noire : Le spectacle nocturne passe un cap
Si le parc a toujours soigné ses fins de journée, l’été 2026 marquera une rupture technologique majeure. Du 11 juillet au 30 août, un tout nouveau spectacle nocturne sera présenté chaque soir sur le lac.
Pour la première fois dans l’histoire du village gaulois, des drones seront intégrés massivement au dispositif. Imaginez le visage d’Idéfix ou la silhouette d’un casque ailé se dessiner dans le ciel de l’Oise par un ballet parfaitement synchronisé d’engins lumineux. Ce show ne se limite pas aux drones : il combine fontaines, lasers et pyrotechnie pour une expérience à 360 degrés.
Cette montée en puissance du divertissement nocturne répond à un objectif économique précis : inciter les visiteurs à rester plus longtemps, à dîner sur place et à consommer en boutique avant la fermeture de 22h. C’est aussi un argument de poids pour la vente des séjours en hôtel, transformant une simple journée au parc en une aventure complète qui se termine en apothéose.

Cétautomatix : Le bilan d’une première année réussie
Impossible de parler de 2026 sans évoquer l’impact de Cétautomatix, la grande nouveauté de 2025 qui continue de ravir les familles en ce début de saison.ÉÉlue « Top European New Attraction » aux Parksmania Awards 2025, cette montagne russe tournante (« Spinning Coaster ») a redynamisé le cœur de la zone Gauloise.
Une prouesse technique pour tous
Installée sur l’emprise de l’ancienne Nationale 7, l’attraction conçue par l’allemand Gerstlauer est une première en Europe pour son format familial à propulsion. Avec une vitesse de pointe de 45 km/h et un point culminant à 14 mètres, elle se positionne parfaitement dans le segment « Family Thrill ».
Le système de rotation libre des véhicules, configurés en vis-à-vis pour favoriser l’interaction, garantit une rejouabilité exceptionnelle : chaque tour est différent selon la répartition du poids des passagers. Mais le véritable coup de génie stratégique réside dans son accessibilité. En ouvrant les portes du ride dès 1 mètre, le parc permet aux jeunes enfants de vivre leurs premières sensations fortes aux côtés de leurs parents, comblant ainsi le fossé entre la Forêt d’Idéfix et les grands monstres de métal comme Toutatis.
Optimisation des flux
Avec huit véhicules en circulation et un débit optimisé, l’attraction fluidifie une zone autrefois congestionnée par le faible débit de la Nationale 7. La création d’une nouvelle passerelle vers les Studios Idéfix complète cette réorganisation urbaine du parc, facilitant la circulation des poussettes et des flux piétons les jours de forte affluence

2027 : L’Odyssée, le navire amiral du séjour
Si le parc investit massivement dans ses allées, le chantier le plus spectaculaire est celui de l’hôtel L’Odyssée, prévu pour début 2027. Ce quatrième établissement n’est pas une simple extension, c’est un changement de dimension. Avec 300 chambres, il double la capacité de chacun des trois hôtels existants, portant le total du pôle hôtelier à 750 clés.
Un caravansérail immersif
Inspiré de l’album L’Odyssée d’Astérix, l’hôtel adopte la forme d’un caravansérail oriental organisé autour d’une oasis centrale. Le scénographe Thierry Retif, déjà aux commandes des Quais de Lutèce, a divisé l’établissement en quatre quartiers thématiques : Perse, Mésopotamie, Égypte et Phénicie. Chaque zone dispose de son identité architecturale, de ses propres essences végétales et d’un code couleur spécifique, renforçant le sentiment de dépaysement.
Le standing est résolument 4 étoiles, avec des prestations inédites pour le parc. On y trouvera un SPA, deux restaurants de type buffet au rez-de-jardin, et surtout un bar en rooftop au quatrième étage offrant une vue panoramique sur les canopées environnantes. Le prix se situera stratégiquement entre la Cité Suspendue et les Quais de Lutèce, offrant une option de luxe accessible aux familles nombreuses grâce à des chambres pouvant accueillir jusqu’à 6 personnes.
Le pari du tourisme d’affaires
L’Odyssée marque aussi l’entrée fracassante du parc sur le marché du MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions). Un centre de conventions de 1 500 m², incluant une salle plénière de 400 places, est intégré au complexe. Situé à proximité de l’aéroport Roissy-CDG, le Parc Astérix se positionne désormais comme un acteur sérieux pour les séminaires d’entreprises, permettant de remplir l’hôtel en semaine et hors vacances scolaires.
Extension Grèce : De nouvelles aventures au bord de l’eau
Parallèlement à l’hôtel, la zone Grèce s’étendra en 2027 sur une parcelle de 5 000 m² située en bord de lac. Ce nouvel espace viendra remplacer les anciennes aires de pique-nique des Jeux d’Odous par une zone de loisirs dynamique.
Le parc a sélectionné des attractions familiales à forte rotation. Le Go Go Bounze du constructeur italien Zamperla proposera des rebonds rythmés pour 32 passagers répartis sur 8 bras articulés. Il sera flanqué de deux tours de chute familiales de 12 mètres signées Zierer, offrant des séquences de chutes douces adaptées aux plus jeunes.
Pour parfaire l’offre, une aire de jeux de 220 m² thémée sur un bateau de pêche grec et une zone de jeux aquatiques de 200 m² seront installées. Côté restauration, la Table de Dionysos deviendra le nouveau navire amiral avec une capacité de 450 à 500 places en service à table, soulageant ainsi les autres points de vente du parc lors des journées de forte affluence.

2028 : Londinium, la révolution indoor
C’est le projet le plus ambitieux du Masterplan : la création de la zone Londinium en 2028. En rasant la Rue de Paris et la zone Moyen-Âge, le parc fait table rase du passé pour ériger un quartier de 6 hectares inspiré d’ Astérix chez les Bretons.
Maîtriser le climat
L’enjeu est technique et stratégique. Londinium sera majoritairement couvert, permettant au parc de s’affranchir des aléas météorologiques. Cette zone sera divisée en deux secteurs : une place extérieure évoquant Piccadilly Circus et une vaste halle couverte inspirée du quartier de Camden Market. Cette « indoorisation » est le sésame nécessaire pour envisager une ouverture quasi-permanente du parc tout au long de l’année.
Un duo d’attractions de choc
Deux expériences majeures ancreront Londinium dans le futur :
Multi Dimension Coaster (Intamin) : Une montagne russe en intérieur dotée de plusieurs lancements et d’éléments de rails mobiles, dont une section de chute libre de 5 mètres. Le parcours de 805 mètres suivra les péripéties du tonneau de potion magique à travers Londres.
Dark Ride Interactif (Alterface) : Les passagers embarqueront dans des véhicules de 4 places équipés de pistolets laser gaulois pour dégommer des cibles à travers 6 scènes interactives. Le débit théorique de 900 personnes par heure en fera une attraction familiale de premier plan.
La zone sera complétée par un pub britannique antique, une aire de jeux verticale sur la façade du dark ride, et une grande sandwicherie de 500 places baptisée « Le Tour de Gaule » en remplacement du Restaurant du Lac.
Horizon 2030 : Le dossier Viking et l’avenir de Goudurix
Si la période 2025-2028 est déjà bien tracée, l’horizon 2030 reste ouvert à des ajustements stratégiques majeurs, centrés sur la zone Viking.
L’attraction Goudurix, doyenne des sensations fortes ouverte en 1989, arrive en fin de cycle de vie. Réputée pour son inconfort chronique, elle fait l’objet d’une maintenance conservatoire en 2025 avec l’installation de nouveaux trains pour prolonger son exploitation.
Toutefois, le Masterplan prévoit une restructuration complète de la zone Viking vers 2030-2035, ce qui laisse présager le remplacement de ce roller coaster historique par une machine de nouvelle génération, plus fluide et plus spectaculaire.
Le parc explore également la possibilité d’un cinquième hôtel de 150 chambres, idéalement situé en bordure de ce quartier Viking, pour franchir le cap symbolique des 1 000 chambres sur le resort. Ces projets seront affinés en fonction de l’évolution de la fréquentation réelle observée lors de la phase 1 du plan.

